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Colloque Gingembre littéraire: Trois questions á Aly Tandian président comité scientifique 

« La migration est devenue une stratégie d’adaptation pour les populations vulnérables »

La septième édition du Gingembre littéraire prévue du 27 au 29 novembre à Saint-Louis, autour du thème « Migration et Souveraineté Alimentaire sous le prisme du changement climatique », se prépare activement. Elle est initiée par le journaliste El Hadji Gorgui Wade Ndoye. Á moins d’une semaine de cette rencontre internationale de cette année après celles tenues en France et au Canada, le Pr Aly Tandian, Enseignant chercheur á l’Université Gaston Berger de Saint-Louis, nous a accordé un entretien. Le président du comité scientifique de ce colloque de haut niveau qui s’annonce, directeur de l’Observatoire Sénégalais des Migrations, est revenu en large sur l’évènement inscrit dans l’agenda des grands rendez-vous du temple du savoir.

Quel sens donnez-vous à cette rencontre?

Aly Tandian : Nous organisons une rencontre sur le changement climatique qui, au Sénégal, n’est pas une menace lointaine, mais une réalité actuelle qui agit comme un multiplicateur de vulnérabilité. Il faut en parler mais surtout faire le partage des savoirs entre acteurs aux profils différents. Comme vous le savez, la variabilité climatique se manifeste par des sécheresses prolongées, des inondations et des pluies irrégulières. Cela perturbe les calendriers agricoles, réduit les rendements de cultures vivrières comme le riz, le maïs et le mil, et modifie la durée des saisons agricoles, rendant la production incertaine. La dégradation des sols et la désertification, accentuées par les phénomènes climatiques extrêmes, réduisent également la fertilité des terres. Tous ces éléments, en plus du réchauffement et la baisse de la productivité agricole et la raréfaction des ressources poussent les populations, en particulier les jeunes, à migrer. Autant d’éléments qui suscitent le besoin et l’intérêt d’organiser cette rencontre. L’autre sens que nous donnons à cette rencontre, c’est d’abord de faire comprendre les dynamiques de migration climatique et surtout d’aider à analyser les mécanismes précis par lesquels le changement climatique influence les décisions de migration. Ensuite, notre souhait à partir de cette rencontre, est de co-construire des politiques publiques adaptées afin de mettre en avant des stratégies d’adaptation comme l’agroécologie, le développement de l’irrigation, l’utilisation de semences améliorées résistantes à la sécheresse et la formation des agriculteurs.

Quelles sont vos attentes pour chaque partie prenante ?

Il s’agit de mobiliser des chercheurs et académiques, des décideurs publics et institutionnels, des Organisations de la Société civile (OSC), des Partenaires techniques et financiers (PTF), etc., pour partager des données et analyses rigoureuses sur les liens climat-migration-agriculture, d’adopter un langage accessible pour les non-spécialistes. Avec les chercheurs, nos attentes sont d’écouter les preuves scientifiques pour aider à fonder des politiques, de partager les contraintes et réalités pour formuler des recommandations en termes de projets et de programmes politiques spécifiques. L’attente est de créer un dialogue continu. Les chercheurs doivent comprendre les questions politiques pressantes pour que leurs travaux soient pertinents. Les décideurs, de leur côté, doivent s’engager à utiliser ces données probantes pour concevoir des politiques plus résilientes, comme des plans d’adaptation régionaux ou des programmes de soutien à l’agro-écologie qui tiennent compte des dynamiques migratoires.

Avec des Organisations de la Société Civile, des PTF, etc. nos attentes sont de faire témoigner des réalités de terrain et des impacts concrets, d’assurer que les solutions proposées sont pratiques et équitables, de faciliter le lien entre la science, la politique et les communautés, etc.

Sans la voix des Organisations de la Société Civile, des PTF, notre rencontre risque de produire des recommandations théoriques et déconnectées. L’attente est que ces partenaires et les leaders communautaires fassent office de garde-fou de la réalité.

Qu’est-ce qui explique le choix de ces thèmes ?

La rencontre que nous organisons se résumé dans une approche nexus ou intégrée qui reconnaît que les défis sont inextricablement liés et ne peuvent être compris de manière isolée. C’est à partir du lien que le choix du thème est défini. D’abord, le changement climatique est un multiplicateur de menace qui exacerbe les pressions sur les ressources naturelles (eau, sols) et perturbe les systèmes agricoles. Ensuite, l’insécurité alimentaire en est une conséquence directe avec de mauvaises récoltes, la baisse de la productivité du bétail et la raréfaction du poisson menacent les moyens d’existence. Enfin, la migration est devenue une stratégie d’adaptation pour les populations vulnérables, ainsi se déplacer est souvent une réponse à la perte de leurs revenus et à l’insécurité alimentaire. Nous estimons qu’étudier un seul de ces aspects sans les autres donnerait une analyse incomplète et biaisée de la réalité.

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