Vent de fronde à la SAED, les travailleurs brandissent la menace d’une grève

Le climat social se tend dangereusement au sein de la Société d’Aménagement et d’Exploitation des terres du Delta du fleuve Sénégal et des vallées du fleuve Sénégal et de la Falémé (SAED). Traditionnellement reconnue pour sa stabilité et l’absence historique de mouvements de grève, l’entreprise publique traverse une crise majeure. Le Syndicat national des Travailleurs de la SAED (SNTS), en étroite collaboration avec le Collège des Délégués du personnel, a lancé un plan d’action syndical d’envergure pour dénoncer une dégradation profonde de leurs conditions de travail, menaçant directement les ambitions de souveraineté alimentaire portées par l’État sénégalais.
Des griefs profonds face à un manque criant de moyens
Réunis en assemblée générale devant le siège de la direction générale de l’entreprise, les agents de la SAED ont exprimé leur exaspération par la voix d’Aly Niang, secrétaire général du SNTS. Les revendications portent sur plusieurs points socio-économiques critiques : un manque global de moyens de fonctionnement, une stagnation des salaires, la faiblesse des indemnités de logement et une coupe drastique dans les primes de rendement.
Le syndicat pointe du doigt le faible budget alloué par l’État, une situation qui prive les agents de leurs outils de travail essentiels sur le terrain. « En raison de ces difficultés, l’épine dorsale de la souveraineté alimentaire du Sénégal est en train de se fissurer », a alerté Aly Niang, rappelant que les agents de la SAED sont les premiers acteurs du développement de l’agriculture irriguée le long de la rive gauche du fleuve Sénégal et de la Falémé.
La question centrale du logement et des primes de rendement
Le logement cristallise une grande partie du mécontentement. Selon les chiffres avancés par le syndicat, plus de 95 % des agents de la SAED perçoivent actuellement moins de 75 000 francs CFA d’indemnité de logement. Face à cette situation, les travailleurs exigent l’application immédiate du décret n° 2026-06 du 7 janvier 2026, signé par le Président de la République, Bassirou Diomaye Faye. Ce texte acte la généralisation de l’indemnité représentative de logement et son relèvement à un plancher de 100 000 francs CFA nets par mois.
L’autre point de discorde concerne la réduction brutale de la prime annuelle de rendement, passée de 7 % à seulement 2 %. Une décision jugée incompréhensible et punitive par le SNTS, alors même que le Conseil d’administration avait formellement salué les excellentes performances de l’exercice 2025 lors de sa dernière session. « Cette décision de réduction apparaît en totale contradiction avec les performances réalisées par la société et les sacrifices consentis par les agents », a fustigé le leader syndical.
Un plan d’action graduel vers la grève générale
Bien que les responsables syndicaux réaffirment leur attachement au dialogue social et à la concertation avec la Direction générale, ils constatent une « situation de blocage ». Les discussions entamées jusqu’ici n’ont apporté aucune réponse jugée satisfaisante.
Aly Niang a lancé un appel solennel à l’intervention directe du chef de l’État, Bassirou Diomaye Faye, pour arbitrer ce conflit et préserver la paix sociale au sein d’une institution vitale pour l’économie sénégalaise. Tout en appelant à une participation massive, le SNTS a insisté sur le caractère responsable, discipliné et pacifique de la mobilisation, afin de porter d’une seule et unique voix les exigences légitimes des travailleurs de la SAED.
A signaler que le plan de mobilisation a débuté le lundi 20 juillet 2026 par le port obligatoire du brassard rouge, suivi d’une assemblée générale massive au siège de la Direction générale de la Saed le mardi 21 juillet. La mobilisation va se poursuivre avec un point de presse ce mercredi 22 juillet, avant le dépôt officiel d’un préavis de grève jeudi 23 juillet 2026 en l’absence d’avancées significatives.



