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Mbaye Ndiaye « Tilala »: Le retour en grâce de l’icône de Saint-Louis entre scène et engagement

Icône des scènes nordistes depuis 20 ans, Mbaye Ndiaye « Tilala » signe son retour après une longue parenthèse politique. Révélé en 2006 par son hommage à Ndongo Lo, l’artiste de Diamaguène au timbre guttural unique maîtrise khawaré, mbalax et chants religieux. Soutien déclaré du maire Mansour Faye et responsable PASTEF dans l’âme, il exhorte aujourd’hui le nouveau régime à « éviter la chasse aux sorcières » et réclame pour Saint-Louis un centre culturel et un stade Mawade Wade réhabilité. Portrait d’un chanteur qui refuse d’opposer art et engagement.

À Saint-Louis, sa voix ne trompe pas. Chaude, gutturale, immédiatement reconnaissable, elle a fait danser deux générations de Ndar-Ndar. Lui, c’est El Hadj Mbaye Ndiaye, alias « Tilala », 20 ans de carrière, un premier album en 2006 devenu culte et des scènes qui se remplissent de Louga au Fouta. Mais derrière l’artiste adulé se cache un citoyen engagé qui sort d’une longue immersion politique. 

L’école des percussions et l’héritage familial

Né à Diamaguène, fils d’un ancien policier « qui veillait scrupuleusement sur notre éducation», Mbaye Ndiaye a grandi au son des tam-tams. Un membre de sa famille « battait le tambour pour la grande diva Diabou Seck “La Saint-Louisienne” ». Le jeune Mbaye fourbit ses armes « dans la capitale du Ndiambour au rythme des percussions ». 

Le déclic national arrive en 2006. Son premier album, hommage au regretté Ndongo Lo, son « sosie musical », est « un réel succès ». Le clip Tabara Ndiaye tourne en boucle. Sa polyvalence séduit : il enchaîne les duos « explosifs » avec Fata El Présidente, Papa Ndiaye Thiopet. Compositeur du titre « Taaw », il impose sa griffe : un « multi registre vocal » qui va du khawaré au folk en passant par le mbalax et les chants religieux.

« J’ai perdu du temps en politique, mais je ne regrette rien »

Si son talent est « incontestable », sa percée nationale et internationale « tarde ». La cause est assumée : « C’est vrai que j’ai perdu énormément de temps avec les activités politiques au détriment d’un plein engagement dans l’œuvre musicale ». 

Animateur de rassemblements, soutien « sans réserve » du maire Mansour Faye, leader d’opinion, Tilala ne renie rien. « Ce passage dans l’arène politique m’a permis de rencontrer des personnes exceptionnelles », a signalé l’artiste de renommée internationale avant de préciser avec force « entretenir de bonnes relations avec tous les dignes fils du terroir ».

Message au pouvoir : « Pas de chasse aux sorcières, le Sénégal a des défis urgents »

L’artiste -compositeur tend la main aux dignitaires du nouveau régime mais pose des garde-fous. « J’invite le tandem au pouvoir de ne pas verser dans la chasse aux sorcières. Ce n’est jamais bon quand l’esprit de vengeance s’installe. La stabilité sénégalaise est un trésor. En 24 ans, nous avons connu trois alternances. Notre démocratie est auréolée partout à travers le monde. Chaque citoyen doit apporter un plus, changer de comportement et œuvrer pour un Sénégal émergent et de paix. Toutes les énergies doivent être consacrées à la résolution des préoccupations des populations », a-t-il souhaité.

Le choix de Ndar : « Rester proche de ma famille et de mes fans »

« Je me fais rare sur la scène nationale, mais je suis toujours là », sourit-il. « J’ai préféré rester dans mon fief à Saint-Louis bien vrai que tout se passe à Dakar ». Un choix payant : « Cela m’a permis d’être plus proche du public saint-louisien qui m’apprécie beaucoup ». Résultat, il « draine des foules » dans tout le Nord.

Il déplore néanmoins l’attitude de certains promoteurs : « Il y a beaucoup de festivals à Saint-Louis, mais c’est dommage que nous les artistes de la ville ne soyons pas impliqués. Les organisateurs préfèrent aller ailleurs alors qu’il y a des talents ici ».

Plaidoyer pour Saint-Louis : infrastructures sportives et culturelles

Ancien gardien de but des navétanes, il juge « honteux de voir Saint-Louis manquer d’infrastructures sportives. Cette situation avait poussé l’année dernière la Linguère á recevoir ses matches à Louga ou à Kébémer». 

Côté culture, le constat est identique : « Nous exigeons un centre culturel régional digne de ce nom avec une salle d’enregistrement pour permettre aux génies culturels de Ndar d’éclore ». Co-fondateur du Festival Métissons, il rappelle que « la culture est un levier important pour le développement économique et social de la région ».

Enfin, il s’adresse à la jeunesse : « Ce que nous voyons quotidiennement est inexplicable et désolant. Des jeunes empruntent des pirogues de fortune pour braver la mer. L’émigration clandestine a beaucoup tué ».

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