Saint-Louis : La foire de Pikine interdite, le grand courroux des marchands-tabliers qui crient au « sabotage»

Le climat est délétère à Saint-Louis. À quelques semaines de la grande fête de la Tabaski, un bras de fer intense oppose les autorités municipales et préfectorales aux marchands-tabliers de la foire de Pikine. Installés depuis seulement quatre jours sur ce site stratégique, les petits commerçants ont reçu l’ordre ferme de plier bagage pour rejoindre le site de Ngallèle, situé à la périphérie de la ville. Une décision brutale qui a déclenché une vague d’indignation et de colère noire chez ces pères et mères de famille.
Hier, le site de Pikine présentait un visage de désolation. Les forces de l’ordre en bloquaient l’accès, interdisant l’entrée au public et figeant l’activité économique alors que la période de la Tabaski constitue le pic de chiffre d’affaires de l’année pour ces ambulants.
« Nous avons toutes les autorisations »
Face à ce qu’ils qualifient d’injustice flagrante, les délégués des marchands ont haussé le ton. Leur président, Abdoulahat Faye, ne décolère pas et brandit les preuves de leur légitimité : « C’est un véritable coup de poignard dans le dos. Nous ne sommes pas des clandestins. Nous disposons de toutes les autorisations requises pour occuper cet espace. L’arrêté préfectoral nous donne explicitement le site de Pikine pour le déroulement de notre foire. Mieux encore, nous nous sommes acquittés de l’intégralité des taxes exigées par la municipalité. Pourquoi nous chasser aujourd’hui comme des malpropres ? », se demande Abdoulahat Faye.
Pour les commerçants déguerpis, le choix de Ngallèle est une sentence de mort économique. Ce site, excentré et difficile d’accès pour les clients, est jugé invendable pour une foire de cette envergure.
L’ombre des « grands commerçants »
Derrière cette injonction de déplacement surprise, les marchands ambulants voient une main invisible : celle du lobby des grands commerçants établis dans le centre-ville de Saint-Louis. Selon les contestataires, ces derniers, craignant la concurrence féroce des tabliers en cette période de forte consommation, auraient exercé une pression étouffante sur les autorités locales pour faire capoter l’événement.
« C’est du sabotage pur et simple ! », peste un jeune vendeur de tissus, les larmes aux yeux. « Les grands commerçants veulent monopoliser le marché de la Tabaski et nous étouffer. Les autorités ont cédé à leur pression au détriment de nous, les gorgorlous (débrouillards) qui essayons juste de nourrir nos familles. »
Pour l’heure, le blocus du site de Pikine persiste et l’incompréhension est totale. Déterminés à faire respecter leurs droits et l’arrêté préfectoral en leur possession, les marchands-tabliers menacent de durcir le ton si une solution d’urgence n’est pas trouvée. À l’approche de la Tabaski, la tension reste explosive dans la vieille ville.




