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PODOR: CRISE AU PARTI SOCIALISTE Quand les héritiers sabordent l’héritage

Les scènes de violence et les échauffourées enregistrées ce week-end à la Maison du Parti socialiste constituent un spectacle affligeant pour tous ceux qui ont connu la grandeur de cette formation politique. Plus qu’un simple incident interne, ces événements traduisent une profonde crise de valeurs au sein d’un parti dont l’histoire se confond largement avec celle de la nation sénégalaise. Pendant des décennies, le Parti socialiste a incarné une certaine idée de l’État, du débat politique et du respect des institutions. Il a formé des générations de cadres, accompagné les grandes étapes de la construction nationale et produit des hommes et des femmes dont l’engagement politique reposait avant tout sur le sens de la responsabilité. À voir aujourd’hui les images de responsables socialistes s’affronter physiquement, difficile de ne pas penser à ceux qui ont façonné cette grande maison politique.

Que diraient aujourd’hui des figures telles qu’Ousmane Tanor Dieng, Aboubacry Kane, Pape Babacar Mbaye, Madia Diop et tant d’autres militants qui ont consacré leur vie au parti ? Sans doute assisteraient-ils avec tristesse à cette dégradation du débat interne et à cette incapacité de certains responsables à régler leurs divergences dans le respect des règles et de la tradition socialiste. Leur héritage reposait sur la discipline, la concertation et le sens du collectif, non sur les démonstrations de force et les querelles de personnes.

La déception est d’autant plus grande que les protagonistes de cette crise ne sont pas de simples militants de base. Voir des responsables de premier plan comme Serigne Mbaye Thiam -même sans base politique- ou Alioune Ndoye associés à de tels débordements porte un coup sévère à l’image du parti. Les Sénégalais sont en droit d’attendre davantage de dirigeants ayant occupé d’importantes responsabilités au sommet de l’État. Lorsqu’un parti traverse une période difficile, ce sont précisément ses cadres les plus expérimentés qui doivent montrer l’exemple, apaiser les tensions et préserver l’essentiel.

Dans ce contexte, l’attitude d’Aminata Mbengue Ndiaye mérite d’être soulignée. Malgré un état de santé que chacun sait fragile, elle a fait preuve de détermination pour défendre ce qu’elle considère comme la légitimité des instances du parti et empêcher que la situation ne dégénère davantage. Son engagement rappelle que la fidélité à une organisation politique ne se mesure pas à l’âge ou à la condition physique, mais à la constance des convictions et au sens du devoir.

Au-delà des personnes, c’est l’avenir même du Parti socialiste qui est aujourd’hui en jeu. Une formation politique qui a tant apporté au Sénégal ne peut se permettre de devenir le théâtre de querelles qui ternissent son image et éloignent davantage les militants comme les sympathisants. L’heure devrait être à la réflexion , au dialogue et à la reconstruction derrière Aminata M’BENGUE N’Diaye . Car lorsqu’un parti aussi emblématique s’abandonne aux divisions et aux affrontements, c’est une part de la mémoire politique nationale qui vacille.

Le Parti socialiste mérite mieux que ces scènes de désolation. Son histoire, son héritage et les sacrifices de ceux qui l’ont bâti exigent davantage de hauteur, de retenue et de responsabilité.

Abou KANE

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