Le CSAR amorce un changement de paradigme

Vendredi, le Commissariat à la sécurité alimentaire et à la résilience a choisi la transparence. Pas une conférence classique. Marième Soda Ndiaye, la directrice, a ouvert le rapport annuel 2025 comme on ouvre un livre de comptes devant ceux qu’on sert.

« Cette rencontre répond à un impératif éthique de la gouvernance publique : le devoir de redevabilité. En tant que structure publique, le CSAR se doit de rendre compte, de façon régulière et transparente, de l’emploi des ressources qui lui sont confiées et des résultats de son action au service des populations », a-t-elle posé d’emblée.
L’exercice était annoncé : amorcer un changement de paradigme. Fini la communication à sens unique. Le CSAR veut rendre des comptes, devant la presse, devant les partenaires, devant les Sénégalais. « Il traduit la volonté de la direction générale d’amorcer un changement de paradigme en matière de gouvernance », a insisté Mme Ndiaye.
La salle le savait : ce rapport 2025 n’est pas juste un bilan. C’est une promesse. Celle d’une institution qui veut se regarder en face, avec ses forces et ses failles.
177 093 visages derrière le chiffre
Le chiffre tombe, mais il a un visage. 177 093 personnes assistées en 2025. Soit près de 18 000 ménages. Des familles de Kolda, de Matam, de Tambacounda. Des sinistrés des inondations. Des communautés frappées par la sécheresse. Des participants au Magal, au Gamou, aux Ziaras. Des déplacés de Casamance, 2 000 ménages revenus chez eux après des années d’exil.
Massamba Diop, secrétaire général du CSAR, rappelle le contexte : « La sécurité alimentaire et la résilience constituent aujourd’hui des priorités de l’action publique au Sénégal ». Derrière cette phrase, il y a le climat qui se dérègle, les prix du riz qui flambent, les champs qui ne donnent plus comme avant. Le CSAR est venu combler, soulager, tenir.
Le tournant du riz local : de 11% à 100%
Mais le vrai tournant de 2025, il est dans les sacs. L’année dernière, seulement 11% du riz acheté par le CSAR était local. Cette année : 100%. Plus de riz importé pour les distributions. 1 500 tonnes de riz sénégalais, acheté directement chez les producteurs de la vallée du fleuve Sénégal.

C’est plus qu’un choix budgétaire. C’est une chaîne qui se boucle : l’argent public aide les populations vulnérables, et en même temps fait vivre les riziers du pays. Souveraineté alimentaire, ce n’est plus un slogan. En 2025, le CSAR l’a mis dans l’assiette.
Au total, le stock national de sécurité alimentaire grimpe à 1 550 tonnes de riz. Le budget exécuté atteint 2,72 milliards de francs CFA. Loin d’être parfait, mais c’est l’effort d’une année.
Les forces, et les failles
Le rapport ne triche pas. Il dit aussi ce qui coince. « Contraintes logistiques et financières persistantes », note le document. Traduction : les moyens manquent encore. Il faut acheminer l’aide dans des zones enclavées, répondre aux urgences, financer les grandes cérémonies religieuses. Et le budget ne suit pas toujours.
Le CSAR l’assume. Il pointe aussi le travail en profondeur mené en interne : diagnostic organisationnel, sessions de formation pour les équipes, renforcement des capacités sur la gouvernance, le management, la protection des données. Une institution qui veut être plus solide pour tenir sur la durée.
Et puis il y a la résilience. Pas seulement distribuer. Installer des coopératives agricoles communautaires, accompagner les premières récoltes, stocker localement. Mener des enquêtes sur les déficits alimentaires pour comprendre pourquoi, dans tel village, on mange moins qu’ailleurs. « La sécurité alimentaire repose sur quatre dimensions essentielles : la disponibilité, l’accessibilité, la qualité et la stabilité », rappelle Massamba Diop.
Et après 2025 ?
À la fin de la présentation, signature de conventions avec l’ANSD, le FONGIP et l’ADL. Des partenaires pour aller plus loin, plus fort.

« Cet exercice auquel nous vous avons conviés est ainsi l’occasion de mieux faire connaître le CSAR, sa mission, son rôle et les défis qui l’interpellent », conclut Marième Soda Ndiaye.
Le cap 2026 est tracé : consolider, prévenir plutôt que réparer. Moins d’aide d’urgence, plus de systèmes qui tiennent.
Ce rapport 2025, c’est donc l’histoire d’une institution qui a choisi de se raconter. Avec 177 093 raisons de continuer, et l’espoir que le riz local, acheté local, serve à nourrir local. Pour de vrai.




