A LAUNEACTUALITESPOLITIQUE

Péril plastique au Sénégal : « La loi de 2020 reste une chimère», alerte Baye Salla Mar (ADES)

Malgré un arsenal juridique durci et des ambitions d’économie circulaire, la prolifération des déchets plastiques asphyxie toujours le Sénégal. Constatant l’échec des politiques successives, Baye Salla Mar, président de l’Alliance des Écologistes du Sénégal (ADES), dénonce les manquements de l’État et appelle à une réponse systémique urgente.

Un constat amer : des « mannequins des temps modernes » à l’entrée de nos villes

Sept ans après le vote historique de la loi n°2020-04, le décor urbain sénégalais n’a pas changé. Les sachets plastiques jonchent toujours au quotidien les grandes artères, les berges des fleuves et les plages du pays.

Face à cette pollution omniprésente, le président de l’Alliance des Écologistes du Sénégal (ADES), Baye Salla Mar, dresse un réquisitoire sans concession : « Malgré l’interdiction officielle de l’entrée des sachets au niveau de nos frontières terrestre, maritime et aérienne, malgré le caractère ambitieux de la loi et le durcissement de certaines dispositions, force est de constater que l’ultime espoir de débarrasser le Sénégal de ce fléau lié au péril plastique s’amenuise et reste une chimère pour bon nombre de citoyens et d’observateurs. »

Le leader écologiste fustige l’omniprésence de ces déchets qui défigurent les paysages. « Ces sachets plastiques, qui y dictent leur loi, peuvent aujourd’hui être considérés comme les nouveaux mannequins des temps modernes dans nos villes, parce que nous accueillant à l’entrée et nous raccompagnant à la sortie. » Pourtant, rappelle-t-il, leur impact négatif est dramatique « dans le secteur de la santé humaine et animale, dans l’obstruction des voies et passages d’eau, dans l’agriculture, dans l’élevage, dans l’environnement et dans la biodiversité. »

De l’interdiction timide au blocage de la loi de 2020

L’histoire de la lutte contre le plastique au Sénégal est marquée par une succession de textes législatifs qui peinent à s’appliquer sur le terrain. Après un premier arrêté insuffisant en 2008, l’État a adopté la loi n°2015-09 limitant l’interdiction aux seuls sachets de faible micronnage (30 microns). Une mesure qui a rapidement montré ses limites en raison du manque de moyens techniques (micromètres) des agents de contrôle pour distinguer les sachets interdits à l’œil nu.

En 2020, le Sénégal a franchi un cap avec la loi n°2020-04 portant sur la prévention et la réduction de l’incidence des produits plastiques. Ce texte introduit des innovations majeures : bannissement total des sacs de caisse, interdiction des produits à usage unique (tasses, plats jetables, pailles), consignation des bouteilles et sanctions pénales.

Pourtant, sept ans plus tard, la situation reste bloquée. Pour Baye Salla Mar, cet échec s’explique par une série de manquements structurels de la part des autorités, notamment « une absence de textes d’application devant permettre l’opérationnalisation de certaines dispositions de la loi » ainsi qu’« un manque de moyens des agents de contrôle chargés de l’exécution de la loi sur le terrain, surtout au niveau des régions. »

Les chiffres de l’asphyxie

Les données scientifiques et scientifiques locales illustrent la gravité de la crise :

  • 193 000 tonnes : C’est la quantité de déchets plastiques produite chaque année au Sénégal.
  • 8 000 tonnes : La part infime qui est réellement recyclée.
  • 99 700 tonnes : Le potentiel de déchets plastiques généré par an pour la seule région de Dakar (dont 78 % d’emballages), sur un volume journalier de 1 500 tonnes de déchets solides urbains.

À l’échelle mondiale, l’OCDE et l’ONU rappellent que la production a explosé (460 millions de tonnes en 2019) et que 11 millions de tonnes de plastique se déversent chaque année dans les océans, affectant plus de 800 espèces marines.

Le plaidoyer de l’ADES : Pour une solution systémique et inclusive

Pour le président de l’ADES, l’erreur fondamentale des politiques publiques réside dans leur approche morcelée. « Il n’y a pas de solutions à des problèmes systémiques qui ne soient elles-mêmes systémiques », martèle Baye Salla Mar. « Prendre des problèmes complexes et essayer de les découper en petits problèmes plus simples afin de les résoudre fait que le caractère systémique, hautement interdisciplinaire et transectoriel nous échappe totalement. »

Le leader politique dénonce également le manque de concertation en amont : « Quand on veut mettre en application une loi comme celle qui lutte contre la prolifération des sachets plastiques, ayant des implications sociales et économiques, il faut prendre le temps nécessaire de discuter et de dialoguer avec l’ensemble des parties prenantes, sans omission aucune. Toute intervention visant une amélioration réelle et durable des conditions de vie des populations est vouée à l’échec si l’ensemble des parties prenantes concernées ne la prend pas en charge, ne se l’approprie pas. »

Il pointe notamment du doigt « un dialogue de sourd entre les promoteurs industriels évoluant dans la production des sachets d’eau en plastique et les autorités étatiques concernées », qui a favorisé « le développement de filières d’unités de production clandestine ». Selon lui, l’État a manqué d’anticipation entre 2016 et 2020 pour « accompagner les PME et PMI à se reconvertir dans la production de solutions et de produits alternatifs ».

Les solutions urgentes de l’ADES

Face à l’urgence environnementale, Baye Salla Mar et son parti invitent instamment l’État à réagir à travers plusieurs mesures phares :

  • Évaluer l’efficacité de la loi plastique sept ans après son vote.
  • Mettre en place les décrets d’application de la loi de 2020.
  • Asseoir les bases d’un dialogue sincère et constructif avec tous les acteurs.
  • Soutenir la reconversion des PME-PMI via une politique globale multisectorielle et des mesures incitatives.
  • Développer une industrie de valorisation des déchets en partenariat avec le secteur privé.
  • Miser sur l’éducation environnementale pour aider les populations à développer des gestes éco-citoyens.

Le président de l’ADES lance également un appel direct aux industriels pour qu’ils s’engagent vers les produits alternatifs, et exhorte l’ensemble des citoyens à « développer une culture du tri à la base » et à « changer de comportement pour apprendre à vivre en harmonie et en paix avec la nature. »

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page