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Menace sur la filière sucrière sénégalaise : l’Intersyndicale de la CSS monte au créneau face aux dérives des importations

Richard-Toll – Vent de fronde au sein du fleuron industriel de la vallée du fleuve Sénégal. Réunissant onze organisations syndicales (UNSAS, CNTS, CSA, UDTS, CNTS/FC, CDSL, UTS, SDIASS, OLT, SLT et FGTS/B), l’Intersyndicale des travailleurs de la Compagnie Sucrière Sénégalaise (CSS) a tenu un point de presse ce jeudi à Richard-Toll. À l’issue d’une tournée d’inspection des stocks, les représentants des travailleurs ont tiré la sonnette d’alarme sur la gestion de l’intercampagne et la délivrance des Droits d’Importation de Produits Alimentaires (DIPA), exigeant la préservation de l’équilibre du secteur.

Des stocks largement suffisants pour les fêtes religieuses

À l’approche des grands rendez-vous confessionnels du pays, le premier message des syndicats s’est voulu rassurant. L’Intersyndicale a tenu en priorité à « rassurer le consommateur sénégalais » quant à la disponibilité du produit sur le marché pour le Magal de Touba, le Gamou et l’Assomption.

Les données techniques chiffrées confirment cette tendance. Lors d’un point de situation réalisé en juin avec la Direction du Commerce Intérieur (DCI), une disponibilité de 70 000 tonnes de sucre avait été cartographiée entre Richard-Toll et Dakar. À ce jour, les réserves de la CSS s’élèvent encore à près de 50 000 tonnes. Une abondance directement liée aux performances de la campagne 2025/2026, où la production a franchi le cap des 140 000 tonnes grâce à la modernisation de l’outil industriel et à d’importants investissements agricoles.

Le spectre du gouffre financier de 2025

Le nœud du problème réside dans la régulation du marché pour la période de septembre à novembre 2026. Alors que les services compétents de la DCI régionale ont évalué le gap de consommation nationale à 60 000 tonnes, les travailleurs exigent un respect strict de ce quota pour éviter le scénario catastrophe de l’année précédente.

En 2025, une ouverture « trop précoce » des vannes du marché en juillet avait provoqué une sur-importation massive de 160 000 tonnes au lieu des 60 000 nécessaires, saturant complètement le marché intérieur. « Nous avons dû démarrer la campagne avec nos magasins remplis de sucre », a déploré l’Intersyndicale.

Cette mévente prolongée, qui s’est étirée jusqu’en février 2026, a asphyxié financièrement l’entreprise. Au 31 décembre 2025, la CSS affichait une lourde dette bancaire de 75 milliards de FCFA pour soutenir ses charges.

7 500 emplois et des familles face à la précarité

Au-delà de la trajectoire financière de l’entreprise, l’impact social s’avère particulièrement lourd pour la main-d’œuvre locale, majoritairement constituée de saisonniers. L’année dernière, la saturation des entrepôts a lourdement retardé les réembauches, plongeant de nombreux ménages dans le désarroi. « Un travailleur qui ne travaille pas est un père ou une mère de famille confronté au chômage. Dans le contexte économique actuel, cette situation expose de nombreuses familles à une grande précarité », a martelé le porte-parole de l’Intersyndicale.

Le groupement syndical rappelle que la CSS emploie plus de 7 500 travailleurs, composés à 99 % de Sénégalais et d’Africains, affichant une moyenne d’âge de 45 ans. Pour les délégués, «cette force vive ne devrait pas être sacrifiée sur l’autel d’intérêts de tierces personnes » ou de distributions abusives de DIPA au profit d’intérêts particuliers.

Face à cette situation, les syndicats lancent une «alerte constructive mais avec forte insistance» à l’endroit du ministère de l’Industrie et du Commerce. Ils réclament un verrouillage strict des quotas d’importation afin de garantir un démarrage serein de la campagne sucrière 2026-2027 et de sauvegarder durablement le tissu social de la région.

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