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Crise à l’Enseignement supérieur : démission en bloc de cinq directeurs face au ministre Boubacar Camara

Un séisme institutionnel secoue le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (MESRI). Dans une démarche collective inédite, cinq des plus hauts responsables de la Direction générale de l’Enseignement supérieur (DGES) ont annoncé leur démission simultanée. Les démissionnaires invoquent des « désaccords profonds » avec le ministre de tutelle, le Dr Boubacar Camara, concernant l’orientation stratégique et la gouvernance des politiques publiques du secteur.

Une rupture ouverte au sommet de l’administration

La crise, restée jusqu’ici confinée dans les couloirs du ministère, éclate désormais au grand jour à travers un communiqué conjoint. Ce départ massif paralyse la tête pensante de l’enseignement supérieur public et privé au Sénégal. Les signataires de cette démission collective représentent les piliers de l’administration universitaire :

  • Pr Abdoul Aziz Diouf, Directeur général de l’Enseignement supérieur (DGES)
  • Pr Babou Diène, Directeur de l’Enseignement supérieur public
  • Pr Mame Penda Ba, Directrice du Financement des établissements d’enseignement supérieur
  • M. El Hadji Omar Thiam, Directeur des Études et de la Coopération
  • M. El Hadji Samba Ndiaye, Directeur des Affaires académiques et juridiques

En quittant leurs fonctions de manière coordonnée, ces hauts fonctionnaires et universitaires de renom expriment un rejet catégorique des méthodes de gestion et de la vision portées par le Dr Boubacar Camara.

Les points de friction : des milliards de francs CFA en jeu

Selon les termes de leur communiqué, la rupture est motivée par des divergences majeures portant sur plusieurs réformes clés et projets financiers hautement stratégiques pour l’avenir de la jeunesse sénégalaise. Trois dossiers cristallisent principalement les tensions :

  1. Le projet ESPOIR-Jeunes : Ce programme d’envergure, doté d’un budget colossal de 123 milliards de francs CFA, est au cœur de la discorde. Les modalités de son déploiement et son orientation semblent avoir créé une fracture technique et éthique irréversible entre le ministre et ses directeurs.
  2. Le programme « Un étudiant, un ordinateur » : Financé à hauteur de 6 milliards de francs CFA par an, ce projet social et pédagogique majeur fait l’objet de désaccords quant à son pilotage opérationnel et sa transparence.
  3. Les réformes réglementaires : Les projets de décrets modifiant l’attribution des allocations d’études (bourses) ainsi que le fonctionnement des amicales d’étudiants constituent le troisième point de rupture. Les techniciens démissionnaires redoutent visiblement des arbitrages politiques susceptibles de déstabiliser un espace universitaire déjà fragile.

Quel avenir pour les réformes universitaires?

Cette fronde administrative affaiblit politiquement le Dr Boubacar Camara, dont la gestion se retrouve sous le feu des critiques de ses propres équipes techniques. Pour les observateurs du monde universitaire, le départ simultané de figures respectées comme le Pr Mame Penda Ba ou le Pr Abdoul Aziz Diouf risque de bloquer la machine administrative et de gripper les négociations en cours avec les syndicats d’enseignants (SAES) et les coordinations d’étudiants.

Face à ce vide managérial brutal, le gouvernement est attendu sur la nomination rapide de remplaçants ou sur une tentative de médiation pour éviter que cette crise de gouvernance ne se transforme en une nouvelle crise sociale dans les universités du pays.

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