Bassirou Diomaye Faye prend les rênes d’une CEDEAO au tournant de son histoire

C’est un changement de leadership stratégique pour l’Afrique de l’Ouest. À l’issue de la 69ᵉ Session ordinaire de la Conférence des Chefs d’État et de Gouvernement, qui s’est clôturée ce dimanche à Freetown (Sierra Leone), le Président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a été officiellement désigné Président en exercice de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

Il succède au chef de l’État sierra-léonais, Julius Maada Bio, qui arrivait au terme de son mandat annuel. « Je suis heureux de passer le flambeau à mon jeune frère », a déclaré le président sortant, marquant ainsi une transition générationnelle et politique majeure au sein de l’organisation.
Un diagnostic lucide face à des crises multiples

La présidence sénégalaise a immédiatement salué cette désignation comme la consécration d’une « parole écoutée et d’une vision portée avec constance ». Devant ses pairs, le chef de l’État sénégalais a dressé un état des lieux sans concession de la région. Tout en saluant la résilience économique de la zone, il en a rappelé la profonde vulnérabilité, notamment face au terrorisme et aux mutations géopolitiques complexes, exacerbées par les relations tendues avec la Confédération des États du Sahel (AES).

Pour le président de la Commission sortant, Omar Alieu Touray, la CEDEAO se trouve à « un tournant important » de ses cinquante ans d’existence, face à des attentes populaires en matière de sécurité et de prospérité qui n’ont « jamais été aussi fortes ».
Les grands chantiers du mandat sénégalais
En acceptant cette lourde charge, Bassirou Diomaye Faye a décliné une feuille de route axée sur l’efficacité et la souveraineté. Ses priorités s’articulent autour de quatre piliers majeurs :
- Sécurité collective : L’opérationnalisation immédiate de la Force régionale de lutte contre le terrorisme et une meilleure mutualisation des moyens militaires.
- Autonomie financière : Le renforcement de l’indépendance financière de la Communauté pour garantir sa liberté d’action.
- Intégration économique : L’adhésion aux objectifs du « Pacte pour l’avenir », visant notamment à porter le commerce intra-régional à 40 % d’ici 2035 et à créer un marché numérique unique dès 2030.
- Stabilité institutionnelle : Le rétablissement de l’ordre constitutionnel dans les États membres et une protection accrue des populations civiles affectées par les crises.
Le Sénégal au centre du jeu régional
Cette désignation consacre le retour au premier plan de la diplomatie dakaroise. Le Sénégal n’occupe pas seulement la présidence politique : il prendra également la tête de l’exécutif communautaire pour la période 2026-2030. Le général Birame Diop, désigné par Dakar, a succédé à Omar Alieu Touray à la présidence de la Commission de la CEDEAO.
Avec cette double casquette, le Sénégal se positionne comme le maître d’œuvre des réformes urgentes dont l’organisation a besoin pour faire entendre une voix ouest-africaine « plus forte, plus audible et plus crédible sur la scène internationale ».




