Menace sur l’emploi à Richard-Toll : Les syndicats de la CSS interpellent l’État sur la prolifération des DIPA

À un mois du lancement de la nouvelle campagne sucrière, le Collectif des syndicats de la Compagnie sucrière sénégalaise (CSS) tire la sonnette d’alarme. Confrontée à un stock d’invendus massif de 50 000 tonnes, l’entreprise de Richard-Toll subit de plein fouet la concurrence du sucre importé via les autorisations DIPA. Menacés par cette crise de mévente croissante depuis trois ans, les représentants des travailleurs interpellent directement l’État. Ils réclament une régulation stricte du marché national, calquée sur le modèle protecteur dont bénéficient déjà des filières locales comme l’oignon ou la pomme de terre.
Le modèle de l’oignon en exemple
Le Collectif des syndicats de la Compagnie sucrière sénégalaise (CSS) plaide ouvertement pour une régulation du marché du sucre, à l’instar de ce dont bénéficient d’autres spéculations agricoles comme l’oignon, la pomme de terre et la banane. Pour les représentants des travailleurs, le traitement de faveur accordé aux autres filières locales doit faire jurisprudence.

« Tout le monde sait que le marché de l’oignon est bien régulé et qu’il n’y a pas d’importation d’oignons tant que la production locale existe », a déclaré Amary Diouf, secrétaire général national adjoint de la section CNTS/FC, lors d’une conférence de presse du Collectif. Face aux journalistes, le leader syndical s’est interrogé avec insistance : « Pourquoi le même dispositif n’est pas appliqué à la filière sucre ? »
Un stock d’invendus asphyxiant pour les saisonniers
La situation financière de l’entreprise s’avère critique. Les organisations syndicales ont révélé que la Compagnie sucrière sénégalaise est actuellement confrontée à une mévente massive de sa production, évaluée à 50 000 tonnes, restées bloquées dans les entrepôts. Ce blocage est directement imputé à la prolifération des Déclarations d’Importation de Produits Alimentaires (DIPA) qui saturent le marché avec du sucre importé, au détriment du produit de grande consommation nationale fabriqué à Richard-Toll.
« Depuis deux ou trois ans, les difficultés s’intensifient chaque année, de façon croissante, et nous ne pouvons pas rester sans rien dire. Nous estimons que ces difficultés impactent directement les travailleurs, notamment le maillon faible constitué par les saisonniers », a expliqué M. Diouf.
L’urgence du calendrier et la protection d’un « bijou » industriel
Selon le syndicaliste, la situation exige des mesures immédiates alors que la prochaine campagne sucrière se profile à l’horizon dans exactement un mois, soit le 15 novembre. « Il est donc évident que ce stock, si l’on n’y prend garde, risque de s’ajouter à la production de la campagne », a prévenu Amary Diouf.
Les syndicats rappellent le poids stratégique de l’entreprise dans le tissu économique sénégalais. « La CSS, qui est une compagnie extrêmement importante du point de vue industriel, la première entreprise en termes d’emplois privés et la deuxième après l’État, est un bijou qui doit être protégé », a signalé le secrétaire général adjoint. Le collectif exige un changement de paradigme immédiat : « Nous demandons simplement qu’à chaque fois que la campagne commence, qu’on puisse nous permettre d’écouler notre production », a souhaité le syndicaliste entouré de ses camarades.
Des promesses ministérielles attendues au tournant
Pour tenter de dénouer la crise, les syndicalistes ont déjà rencontré le ministre du Commerce, Serigne Guèye Diop. À l’issue de cette audience, les deux parties ont constaté une convergence de vues sur la nécessité absolue de réguler le marché du sucre.
Cependant, les travailleurs restent prudents et attendent désormais des actes concrets. « Nous attendons avec impatience la traduction de cet engagement en actes et avons pris langue avec plusieurs autres autorités, notamment le ministre de la Fonction publique », ont informé les syndicalistes, qui ne cachent plus leur dépit face à la lenteur des procédures administratives.
En somme, l’avenir du géant sucrier de Richard-Toll repose désormais entre les mains des autorités étatiques. Alors que le top départ de la nouvelle campagne est prévu pour le 15 novembre, le compte à rebours est lancé. Pour préserver les milliers d’emplois menacés et garantir la souveraineté économique du Sénégal, le gouvernement devra transformer ses promesses de régulation en décrets concrets. Une suspension rapide des DIPA n’est plus seulement une doléance syndicale, mais une nécessité absolue pour désengorger des entrepôts déjà saturés.




