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Le cri de détresse de M. Ababacar Guéye Directeur du Festival Métissons face au naufrage culturel de la vieille ville

À quelques semaines de l’ouverture de sa 16e édition prévue du 27 au 28 Novembre 2026, le Festival Métissons se trouve à la croisée des chemins. Entre ambitions artistiques renouvelées et asphyxie financière rampante, son directeur, Ababacar Guèye, lève le voile sur l’envers du décor d’un événement phare, devenu malgré lui le symbole d’une culture saint-louisienne en péril.

Un festival Sans Diffuseur Fixe (SDF) pour reconquérir les Saint-Louisiens

Face à l’adversité, l’équipe de Métissons a choisi l’audace. L’innovation majeure de ce cru 2026 est une rupture politique et géographique : le festival quitte cette année les murs de l’Institut Français de Saint-Louis. Prétextant des JOJ et la biennale de Dakar, des arbitrages ont été opérés par l’équipe de l’Institut français. Face à cette situation, la direction informée des dispositions prises, va ainsi tenter une nouvelle expérience avec la délocalisation des activités sur d’autres sites. La question qui taraude les esprits, c’est : comment expliquer la décision prise par la nouvelle directrice déléguée de l’Institut français après 15 ans de partenariat. Le festival Metissons, inscrit dans l’agenda des grands rendez-vous culturels nationaux et internationaux, et son Directeur Ababacar Guéye invité partout à travers le monde, est le deuxième plus grand de Saint-Louis à part celui du Jazz.

Cette décentralisation vise à restituer l’événement à ses véritables propriétaires. «C’est leur festival », signale Ababacar Guèye, qui souhaite réinvestir l’espace public pour impliquer directement les locaux, valoriser les initiatives citoyennes et célébrer la diversité artistique là où bat le cœur de la ville.

Le paradoxe de l’UNESCO : Trois patrimoines mondiaux, zéro infrastructure

Pourtant, cette volonté de sortir hors des sentiers battus se heurte à une réalité infrastructurelle catastrophique. Comment une cité classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, première capitale du Sénégal et de l’Afrique Occidentale Française (AOF), peut-elle être à ce point dépourvue de structures ?

Ababacar Guèye dresse un constat particulièrement amer pour une cité dont le prestige dépasse pourtant les frontières. La ville de Saint-Louis brille en effet à travers le monde grâce à ses distinctions internationales majeures, à commencer par son architecture coloniale emblématique et son patrimoine matériel unique, témoins précieux de son histoire en tant que première capitale du Sénégal. À cette richesse architecturale s’ajoute la Zoumba, une expression artistique traditionnelle élevée au rang de patrimoine culturel vivant qui incarne l’âme et la mémoire de la communauté saint-louisienne. Enfin, la vieille ville rayonne à travers sa gastronomie unique puisque le Ceebu Jën (thiébou diène), le célèbre plat national sénégalais né sur les rives du fleuve Sénégal, est officiellement inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO.
Mais derrière cette vitrine prestigieuse, le vide est total : aucun centre culturel fonctionnel, aucun espace de création, aucune infrastructure dédiée aux résidences artistiques. « Saint-Louis est laissée en rade », déplore le directeur. C’est ce désert structurel qui explique, selon lui, l’arrêt brutal et la mort prématurée de nombreux autres festivals dans la région.

L’éternelle quête du budget : Le Ministère et la Mairie attendus au tournant

À l’heure actuelle, la programmation artistique s’affine, mais l’incertitude plane. Le budget global de l’événement n’est toujours pas bouclé. Les organisateurs passent leurs journées à démarcher sponsors et mécènes dans une course contre la montre haletante.

Le festival dépend désormais de la réactivité des pouvoirs publics. Les regards sont tournés vers la Mairie de Saint-Louis et le Ministère de la Culture, dont les arbitrages financiers sont attendus avec une urgence non feinte pour sauver cette 16e édition.

L’union sacrée comme ultime rempart

Face au péril, pas question de céder à la division. Ababacar Guèye plaide pour une solidarité renforcée et une complémentarité totale entre les différents promoteurs culturels de la place. Pour lui, seule une dynamique collective permettra de défendre les intérêts du secteur et de maintenir Saint-Louis en mouvement.

Le message envoyé aux autorités étatiques et municipales est unanime : sans un plan d’urgence pour la sauvegarde des festivals et le financement d’espaces créatifs pérennes, c’est tout un pan de l’identité sénégalaise qui risque de s’éteindre.

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