SÉNÉGAL : LE GRAND SAUT DANS L’INCONNU INSTITUTIONNEL

Le limogeage d’Ousmane Sonko par le président Bassirou Diomaye Faye plonge le Sénégal dans une crise politique inédite. Ce divorce au sommet de l’Exécutif brise le binôme historique du parti Pastef. Il ouvre surtout une période de fortes turbulences entre la présidence et une Assemblée nationale massivement fidèle au Premier ministre déchu.
La cage dorée du président Faye
Le chef de l’État se retrouve paradoxalement minoritaire au sein de son propre camp politique.
- Une majorité intouchable : Le Pastef contrôle 130 des 165 sièges de l’Assemblée nationale depuis novembre 2024. Cette majorité obéit d’abord à Ousmane Sonko, leader historique du parti.
- L’impossible dissolution : Bassirou Diomaye Faye ne peut pas dissoudre le Parlement pour provoquer de nouvelles élections. La Constitution interdit toute nouvelle dissolution avant l’échéance du mandat de la législature actuelle, prévue en décembre prochain.
- Le blocage législatif : Le président a annoncé un vaste programme de réformes. Sans le soutien des députés Pastef, aucun projet de loi, aucune réforme constitutionnelle et aucun budget ne pourront être votés.
Les armes politiques du chef de l’État
Face à un Parlement hostile ou frondeur, le président Faye dispose de leviers constitutionnels et politiques pour tenter de gouverner.
- Le gouvernement de technocrates : Le président peut nommer un Premier ministre neutre ou de transition, composé d’experts et de figures de la société civile. L’objectif est de détacher la gestion quotidienne de l’État des querelles partisanes.
- Les ordonnances et décrets : Pour contourner le blocage parlementaire, le chef de l’État peut utiliser l’article 76 de la Constitution. Ce mécanisme permet de gouverner par ordonnances pour les urgences économiques et sociales, bien que son champ d’application reste limité.
- Le ralliement des modérés : La rupture n’est peut-être pas totale avec l’ensemble des députés. Le président peut tenter de diviser le groupe parlementaire Pastef en séduisant l’aile modérée du parti, sensible à la légitimité des institutions de la République.
- L’appui des forces traditionnelles : Les consultations menées par le président avec les anciens Premiers ministres et ministres de l’Intérieur montrent sa volonté de s’appuyer sur l’appareil d’État classique et les régulateurs sociaux (chefs religieux) pour stabiliser le pays.
Le risque de la paralysie ou de la destitution
Le scénario d’une cohabitation conflictuelle extreme n’est pas à exclure. Si Ousmane Sonko décide d’engager une guerre totale contre le Palais, l’Assemblée nationale dispose de l’arme absolue : la motion de censure. Le Parlement peut renverser chaque gouvernement nommé par le président, créant une instabilité ministérielle permanente jusqu’en décembre.
Le Sénégal entre ainsi dans une phase de transition hautement inflammable, où la maturité de ses institutions sera testée comme jamais auparavant.




