Rupture consommée au sommet de l’État : Diomaye Faye et Ousmane Sonko actent leur divorce politique

Le paysage politique sénégalais vient de basculer dans une ère de confrontation ouverte. Ce samedi, le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, et son ancien Premier ministre non moins Président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko, ont mené deux événements parallèles qui formalisent la scission définitive de l’ex-tandem au pouvoir, sur fond de recomposition partisane et de défections massives.
L’avertissement solennel du président Faye depuis le King Fahd Palace
C’est lors de l’Assemblée générale constitutive de son tout nouveau parti politique, organisée au King Fahd Palace, que le chef de l’État a choisi de frapper un grand coup. Devant ses partisans, Bassirou Diomaye Faye a d’abord honoré la mémoire des victimes des violentes tensions politiques qui ont secoué le Sénégal entre 2021 et 2024.
« Leur mémoire ne nous demande ni vengeance ni silence. Elles nous demandent de faire en sorte que plus jamais dans ce pays un désaccord politique ne coûte une vie », a-t-il déclaré avec gravité. Mais c’est la phrase suivante qui a figé l’assistance et captivé les observateurs : « Dans ce pays, celui qui bouscule la quiétude ne s’y épanouira plus. »
Bien qu’aucun nom n’ait été prononcé, cette mise en garde est unanimement interprétée comme un recadrage direct et une pique à peine voilée à l’endroit d’Ousmane Sonko, dont la trajectoire a longtemps été marquée par une rhétorique de rupture et de confrontation. Cette sortie fait suite à de vives indignations de la Coalition Diomaye Président, qui avait récemment qualifié de « scandaleux » certains propos du leader de PASTEF.
Sur le terrain, la contre-offensive et le déni de Sonko
Au même moment, le leader des Patriotes menait une tournée sur le terrain. Engagé dans une tournée de vente des cartes de membre de Pastef, qui l’a mené de Bargny à Bambey, en passant par Sébikotane et Khombole, Ousmane Sonko a tenté d’afficher une sérénité absolue face à la tempête qui secoue ses rangs.
Confronté à une vague de démissions hautement symboliques — à l’image du départ fracassant du directeur général de l’hôpital Aristide Le Dantec, qui a dénoncé une « gestion clanique » —, le président de Pastef a sèchement recadré ses troupes : « Qu’un tel soit allé dans un autre parti politique, je ne veux plus qu’il y ait de commentaires sur ça. Nous sommes dans une démocratie. »
Blâmant l’« immaturité » de certains de ses militants qui offrent une tribune médiatique involontaire aux déserteurs, il a balayé d’un revers de main la crise interne. Selon lui, le parti reste une machine électorale indéboulonnable, fixant un objectif révisé à la hausse de plus de 1,2 million d’adhérents. Fanfaronnant face à la concurrence, y compris celle de son ancien allié, Sonko a lancé : « Personne ne peut nous imiter. Celui qui l’essaiera ne verra pas cinq personnes. »
La guerre des chefs est déclarée
Cette journée du samedi marque un tournant historique pour l’exécutif sénégalais. Ce qui relevait de frictions en coulisses s’affiche désormais au grand jour : d’un côté, un président de la République qui structure sa propre force politique et se pose en garant de l’ordre public et de la paix civile ; de l’autre, un Premier ministre acculé par les défections mais déterminé à radicaliser sa base pour mener la bataille de la représentativité.
La lune de miel est bel et bien terminée, laissant place à une cohabitation inédite et explosive au sommet de l’État.



