Alerte à Saint-Louis : Le siège du PDS vidé de ses meubles, la fédération locale crie à la provocation

Le climat politique s’alourdit brutalement dans la capitale du Nord. Ce samedi, les occupants du siège historique du Parti Démocratique Sénégalais (PDS) à Saint-Louis ont été expulsés de leurs locaux. Cette mise sous scellés marque l’aboutissement d’un long et âpre bras de fer foncier qui oppose la formation libérale à la famille de l’actuel maire de la ville, Mansour Faye. Face à ce qu’ils qualifient d’«humiliation», les responsables locaux du PDS dénoncent une manœuvre purement politique et affichent une détermination intacte.
Un calendrier qui interpelle
L’opération de vidage des lieux est survenue à un moment stratégique qui suscite l’indignation des militants. La fédération locale du PDS avait en effet programmé, ce même samedi soir, une grande assemblée générale destinée à remobiliser les troupes et à investir le terrain en vue des prochaines échéances électorales.
Pour Djibril Sakho, secrétaire général de la fédération PDS de Saint-Louis, la coïncidence temporelle ne doit rien au hasard. « C’est une situation déplorable. Nous avions convoqué ce soir une assemblée générale de remobilisation des troupes et d’investissement du terrain. C’est parce qu’ils savaient que nous tenions cette rencontre qu’ils ont choisi ce moment pour tenter de saper notre dynamique», a-t-il renseigné.
Loin de s’avouer vaincu, le responsable libéral a directement ciblé le premier magistrat de la ville. « Mansour Faye ne peut pas nous décourager. Il peut nous priver de notre permanence, mais il ne peut pas nous ôter notre stratégie politique ni notre volonté de le déloger de la mairie de Saint-Louis pour reconstruire la ville», a averti Djibril Sakho.
Un imbroglio foncier aux accents politiques
Le litige autour de ce local ne date pas d’hier. Selon la fédération, le bâtiment avait été acquis sous le magistère de l’ancien président Abdoulaye Wade, par l’intermédiaire de Farba Senghor, auprès de la Société Nationale des Habitations à Loyer Modéré (SN HLM). Pourtant, la propriété du site est aujourd’hui officiellement revendiquée par Adja Oumiyatou Faye, la fille du maire Mansour Faye.
Cette affaire avait déjà fait grand bruit en avril dernier. À l’époque, la fédération du PDS avait publiquement interpellé le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, demandant l’ouverture d’une enquête sur les conditions de cette transaction immobilière, invoquant les principes de transparence du slogan gouvernemental « Jubb, Jubbël, Jubbanti».
Djibril Sakho a révélé que plusieurs tentatives de médiation avaient été menées ces derniers mois, notamment en marge d’un événement d’hommage (Sargal) dédié à Abdoulaye Wade, ainsi qu’au cours d’une réunion officielle à l’hôtel de ville. Des démarches restées vaines. « Malgré toutes ces démarches, il avait manifestement la volonté cachée de prendre possession de ce siège », déplore le secrétaire général.
L’indignation des militantes : « Ce n’est pas l’acte d’un Domou Ndar »
La méthode employée pour l’expulsion a suscité une vive vague d’émotion, particulièrement chez les femmes du parti. Virginie Ba, secrétaire générale des femmes du PDS de Saint-Louis, n’a pas caché sa colère face au spectacle des effets personnels et du matériel du parti déposés sur le trottoir. « C’est un acte qui nous indigne : sortir nos bagages dehors de cette façon. Nous sommes des Saint-Louisiens, et la teranga est un socle de nos valeurs. Ce n’est pas là l’acte d’un Domou Ndar (fils de Saint-Louis) », s’est-elle insurgée.
Elle a fermement invité la partie adverse à régler ce différend financier avec le promoteur d’origine plutôt que de s’en prendre au patrimoine du parti : « S’il est un véritable acteur politique, il n’aurait pas dû procéder de la sorte et déposséder un parti de son bien. Nous dénonçons cet acte et lui demandons de récupérer son argent à la HLM, et de laisser au patrimoine démocratique sénégalais de Saint-Louis ce qui lui appartient. Il doit revenir à la raison. »
Cap sur les élections locales de 2027
Cet événement s’inscrit dans un contexte de forte recomposition politique locale. À l’approche des élections de janvier 2027, la section PDS de Saint-Louis se trouve sous les projecteurs. Récemment, la fédération avait dû sortir de sa réserve pour démentir des rumeurs persistantes faisant état d’une alliance ou d’un rapprochement avec la mouvance présidentielle actuelle.
L’expulsion de ce samedi, loin d’éteindre les tensions, promet d’accélérer la confrontation politique pour le contrôle de la municipalité saint-louisienne.




