Cri d’alarme à Saint-Louis : L’Inspecteur Mamadou Lamine Sow appelle à des « États généraux de la famille » face à l’insécurité sexuelle

La vieille cité de Saint-Louis, autrefois réputée pour sa rigueur morale et son élégance sociale, est aujourd’hui secouée par une vague de crimes sexuels sans précédent. Entre viols, inceste et pédophilie, le tissu social se déchire. Face à ce qu’il qualifie de « pente dangereuse », Mamadou Lamine Sow, Inspecteur de l’Éducation surveillée à la retraite, brise l’omertà. Son diagnostic est sans appel : la société sénégalaise subit une hypersexualisation galopante tandis que la cellule familiale, socle de la nation, démissionne. Pour l’expert, il n’y a plus de temps à perdre : il faut éduquer à la parentalité.
L’affaire du muezzin de Bango, qui a récemment défrayé la chronique, n’est que la partie émergée d’un iceberg de violences sexuelles qui terrorise la capitale du Nord. Dans les quartiers de la Langue de Barbarie comme dans les faubourgs en extension, le sentiment d’insécurité a changé de nature. Ce n’est plus seulement le vol ou l’agression physique que l’on redoute, mais l’atteinte à l’intégrité la plus intime des enfants.
L’hypersexualisation : quand le sexe envahit la cité
Pour Mamadou Lamine Sow, ancien Inspecteur de l’Éducation surveillée et de la Protection sociale, le mal est d’abord environnemental. « Le sexe nous a envahis », martèle-t-il. Cette présence n’est plus confinée à l’intimité ; elle sature l’espace public, s’affiche sur les murs de la ville et s’immisce dans chaque foyer via les réseaux sociaux.
Cette banalisation, selon l’expert, crée un court-circuit éducatif. « Elle aiguise la curiosité de nos enfants qui, avec les objets connectés, découvrent au nez et à la barbe de leurs parents des contenus explicites », déplore-t-il. Dans ce chaos numérique et visuel, l’enfant devient une proie vulnérable. L’inspecteur Sow rappelle une vérité crue : les prédateurs ne sont pas des fantômes lointains. « Le mouton ne broute que là où il est attaché », dit l’adage qu’il cite pour souligner que le danger rôde souvent dans le cercle immédiat de l’enfant.
La crise du « métier de parent »
Au-delà de l’influence des écrans, c’est le vide laissé par les adultes qui inquiète. Interrogé sur le rôle de la famille, le constat de M. Sow est sans concession : le « métier de parent » est en crise. Les vicissitudes de la vie moderne et la précarité économique semblent avoir poussé de nombreux chefs de famille à abdiquer leur rôle de protecteur et de guide moral.
« Il ne suffit pas de procréer pour être parent », rappelle-t-il avec force. Autrefois, la société sénégalaise préparait l’individu à cette responsabilité à travers des rites de passage et un apprentissage communautaire. Aujourd’hui, cette préparation a disparu. L’autorité parentale s’est délétée au profit d’une cohabitation passive où le dialogue éducatif est rompu. L’absence d’une éducation sexuelle adaptée laisse les jeunes « expérimenter » des comportements à risque, souvent sous l’influence de débats médiatiques mal maîtrisés, notamment autour de l’homosexualité, qui saturent les conversations sans apporter de pédagogie.
La thérapie de choc : Vers les États généraux de la famille
Face à l’urgence, Mamadou Lamine Sow ne croit plus aux mesures de surface. Il préconise une véritable « thérapie sociale » structurelle. Son idée phare : organiser les États généraux de la famille.
Puisqu’il semble difficile de retourner aux sources pures de la tradition, l’inspecteur propose une alternative moderne et pragmatique : l’éducation à la parentalité. Il s’agit d’accompagner les parents d’aujourd’hui, de leur redonner les « habiletés » nécessaires pour exercer leur fonction. « Il faut reconstituer nos rites d’éducation qui, depuis le massage du bébé (dampe), contribuaient à façonner le garçon ou la fille pour les préparer à jouer leurs rôles futurs », suggère-t-il avec nostalgie mais conviction.
Un enjeu de sécurité nationale
Le cri du cœur de l’Inspecteur Sow dépasse les frontières de Saint-Louis. C’est un appel à la conscience nationale. Si la vieille cité, gardienne des valeurs de la « Teranga » et du « Kersa » (pudeur), vacille, c’est tout l’édifice sénégalais qui menace de s’effondrer.
La protection de l’enfance ne pourra se faire uniquement à coups de sanctions pénales ou de patrouilles de police. Elle passera, nécessairement, par la réhabilitation du socle familial. À Saint-Louis, l’alerte est donnée. Reste à savoir si les autorités et la société civile sauront transformer ce cri de détresse en un chantier de reconstruction sociale.




