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Du « In » au « Off » : comment le festival de jazz redessine l’économie de Saint-Louis

À la mi-mai, lorsque le soleil commence à décliner sur le fleuve Sénégal, l’air de Saint-Louis change de texture. Une brise légère s’engouffre dans les rues au tracé colonial, balayant la poussière pour laisser place à une tout autre effervescence. Du 13 au 17 mai, la vieille ville du Nord vit au rythme de la 34e édition de son Festival international de jazz. Plus qu’un simple rendez-vous musical, l’événement est devenu le cœur battant d’une économie et le miroir des ambitions de toute une région.

L’effervescence des grands jours

Pour les hôteliers de la place, ces quelques jours représentent le sommet de l’année. Dans le hall du River Plazza, le téléphone ne cesse de sonner. Amay Kane Datt, la directrice de l’établissement, affiche le sourire des grands jours. Pour elle et son époux, engagés depuis trois ans dans le secteur, le festival est « une occasion en or ».

Pendant que les balances des musiciens résonnent au loin, l’activité tourne à plein régime. C’est une période lucrative, un moment de l’année où la ville « bouge » enfin à l’échelle internationale. Mais la plus grande fierté de la directrice réside dans un changement invisible à l’œil nu : la sociologie des clients. Le jazz, autrefois perçu comme une musique d’initiés ou de touristes occidentaux, a opéré sa révolution culturelle. Désormais, ce sont les jeunes actifs et les familles sénégalaises qui remplissent les salles et les terrasses, s’appropriant un festival profondément ancré dans son territoire grâce au travail de terrain de l’association Saint-Louis Jazz.

Les fêlures du miroir colonial

Pourtant, derrière la magie des concerts, la réalité du terrain rattrape vite les opérateurs économiques. L’effervescence du festival agit comme un révélateur des fragilités locales. Amay Kane Datt ne cache pas son inquiétude face à un parc hôtelier vieillissant : « Les réceptifs hôteliers sont très vétustes. On n’est pas vraiment dans le modernisme total ».

Pour que Saint-Louis devienne la « Venise d’Afrique » dont elle rêve, le charme des vieilles pierres ne suffit plus. Le secteur privé local se sent parfois découragé par la lourdeur des budgets et des procédures. L’appel lancé vers Dakar est clair : les structures étatiques comme l’ADEPME, la SAPCO ou le FONGIP doivent impérativement monter au front pour injecter des financements et accompagner les entrepreneurs locaux. Le festival est le levier parfait, mais la fondation a besoin d’être consolidée.

La 34e édition du festival de jazz de Saint-Louis confirme le potentiel de la ville, attirant un large public familial et jeune qui valide son statut de « Venise d’Afrique ». Pour pérenniser cet événement, des investissements structurels et une modernisation du parc hôtelier, soutenus par l’État, sont désormais nécessaires pour transformer cette réussite culturelle en moteur économique durable.

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