La pirogue artisanale à l’honneur à Saint-Louis : Entre ferveur populaire et cri d’alarme face à la crise maritime

Les vagues de la Langue de Barbarie se sont parées de mille couleurs ce samedi 25 juillet. À l’occasion de la première édition du Festival Communautaire, Culturel, Artistique et Sportif de la Pirogue Artisanale (FESTI-GAAL), des centaines de Saint-Louisiens se sont rassemblés pour célébrer l’emblème absolu de leur identité. L’événement, qui a vu le triomphe sportif du sous-quartier de Goxu Mbacc lors de régates spectaculaires, a brillamment réussi à lier la splendeur de la tradition maritime aux dures réalités socio-économiques de la région.

Goxu Mbacc sur le toit de la Langue de Barbarie
L’effervescence était à son comble sur les rives du fleuve Sénégal. Plus d’une dizaine de pirogues de différentes catégories se sont affrontées lors de courses d’une rare intensité. La grande parade navale a offert aux spectateurs un tableau vivant unique, où la dextérité des rameurs rivalisait avec l’esthétique des embarcations traditionnelles.
Au terme d’une compétition acharnée, les compétiteurs de Goxu Mbacc ont décroché la victoire, déclenchant des scènes de liesse populaire à travers tout le sous-quartier. Au-delà du sport, cette première édition a démontré que la pirogue reste le cœur battant de l’économie locale et la gardienne de l’histoire des communautés locales.
Un festival face aux réalités du siècle
Loin de se cantonner à une simple célébration folklorique, le festival s’est structuré autour d’un thème fort : « La Pirogue, patrimoine vivant des Communautés de Pêcheurs face aux défis du XXIe siècle ». Le FESTI-GAAL est ainsi devenu une tribune politique et citoyenne essentielle pour les artisans de la mer. Les pêcheurs et les organisateurs ont profité de cette attention médiatique pour sensibiliser l’opinion et interpeller l’État sur trois fléaux majeurs.
D’abord, le changement climatique fragilise directement le littoral de la Langue de Barbarie, menaçant les habitations et les infrastructures. Ensuite, la raréfaction des ressources halieutiques pousse désormais les équipages à s’aventurer toujours plus loin en haute mer, augmentant drastiquement les coûts d’exploitation. Enfin, l’insécurité en mer s’impose comme un danger grandissant pour le quotidien de ces artisans de l’océan.

« La pirogue est un patrimoine et un grand trésor pour nous. La pirogue est tout pour nous », a rappelé avec gravité Mamadou Sarr, coordonnateur de l’événement. Le comité d’organisation entend utiliser cette plateforme pour proposer aux autorités nationales des pistes de solutions structurelles et accentuer la sensibilisation des jeunes marins sur les normes de sécurité.
Le cri du cœur de Fama Sarr
Présente lors des festivités, Fama Sarr, figure emblématique de Guet Ndar et secrétaire adjointe du Conseil Local de la Pêche Artisanale (CLPA) de Saint-Louis, a salué la pertinence d’une telle initiative. En tant que porte-voix des femmes transformatrices de produits halieutiques, elle a tenu à rappeler le rôle crucial des actrices de la filière, premières victimes économiques de la crise de la ressource.

Selon elle, la pirogue ne doit pas seulement être célébrée comme une relique du passé, mais défendue comme un outil de subsistance face aux restrictions des zones de pêche. Elle a profité de la tribune du festival pour exiger une meilleure inclusion des acteurs locaux dans la gestion des écosystèmes marins et l’accès sécurisé aux licences de pêche.
Un plaidoyer pour la justice sociale
Financé par l’ONG Citoyens Actifs pour la Justice Sociale (CAJUST), ce festival marque une étape cruciale dans la structuration des revendications des communautés maritimes. En unissant la culture, le sport et le plaidoyer écologique, le FESTI-GAAL pose les fondations d’une résistance culturelle et économique pour que la pirogue artisanale continue de naviguer fièrement face aux tempêtes du siècle.




