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Éducation: Moustapha Mamba Guirassy annonce une refondation éducative basée sur l’alphabétisation inclusive et le bilinguisme

À l’occasion de la Journée nationale de mobilisation et de sensibilisation célébrée à Saint-Louis, le ministre de l’Éducation nationale, M. Moustapha Mamba Guirassy, a amorcé un virage historique pour le système éducatif sénégalais. Dans un discours mémorable, il a réaffirmé que l’alphabétisation n’est pas une simple politique de rattrapage, mais « une exigence de dignité, d’équité et de justice sociale ». En plaçant les langues nationales au cœur de sa stratégie, le ministre dévoile sa vision pour une souveraineté nationale renforcée, où « aucun citoyen n’est laissé en marge du savoir».

Un changement de perspective : de l’alphabet à l’employabilité

Savoir lire, écrire et calculer est fondamental, mais le ministre insiste : cela ne suffit plus si ces acquis ne transforment pas concrètement le quotidien des populations. Le thème de cette troisième édition, « L’alphabétisation, levier d’entrepreneuriat et d’employabilité pour une inclusion sociale et économique durable », invite à rompre avec les schémas traditionnels pour bâtir de véritables « parcours d’émancipation ».

Désormais, chaque apprentissage doit se traduire par des compétences pratiques : gérer une activité, utiliser les outils numériques, lire une ordonnance médicale, comprendre un contrat ou optimiser sa production agricole. Sur le terrain, M. Moustapha Mamba Guirassy a cité en exemple le partenariat avec Nestlé Sénégal dans le cadre du Projet d’alphabétisation des femmes productrices d’oignons, illustrant parfaitement l’impact direct d’une formation connectée aux réalités du marché pour sécuriser l’autonomie financière des femmes.

Faire des territoires des laboratoires d’innovation

Le choix de Saint-Louis, ville d’histoire, de culture et de savoirs, revêt une dimension hautement symbolique pour le chef du département de l’Éducation. L’ambition affichée est de transformer la relation entre l’État et les régions. Selon le ministre, les collectivités territoriales ne doivent plus être de simples espaces d’application des politiques publiques, mais devenir de véritables « territoires d’apprentissage », d’innovation et de création.

Cette dynamique participative repose sur une forte synergie entre les autorités administratives, académiques, le secteur privé, les organisations de la société civile et les communautés locales pour donner une envergure nationale à cette mobilisation.

La révolution du bilinguisme : Le modèle MOHEBS en première ligne

Le cœur de la stratégie du ministre repose sur la valorisation du patrimoine linguistique. Loin d’être de simples gardiennes de la mémoire, les langues nationales sont célébrées comme des langues de savoir, de travail et d’innovation. Sur les 25 langues répertoriées dans le pays, 22 sont déjà codifiées, ce qui a permis de fixer leurs alphabets et de produire des supports pédagogiques adaptés.

Cette reconnaissance se traduit concrètement dans le système scolaire à travers le Modèle harmonisé d’enseignement bilingue au Sénégal (MOHEBS). Actuellement déployé dans 1 951 écoles des académies de Ziguinchor, Sédhiou et Thiès, ce modèle s’appuie sur la langue première de l’enfant pour consolider les apprentissages fondamentaux et favoriser la réussite scolaire.

L’ambition nationale est claire : ériger progressivement les langues locales en véritables outils de transmission des savoirs, sans pour autant opposer les cultures. Le modèle prône une complémentarité linguistique parfaite, assurant à la fois la maîtrise du français et une ouverture sur le monde grâce à l’enseignement de l’anglais dès le préscolaire et l’élémentaire.

Une politique d’envergure : Trois avancées majeures pour l’avenir

Cette vision sera très prochainement sacralisée par l’adoption du tout premier Document de Politique linguistique nationale. Validé techniquement le mois dernier par l’ensemble des acteurs, ce texte dotera le pays d’un cadre cohérent pour faire de sa diversité linguistique un levier de cohésion nationale et de souveraineté.

Pour soutenir cet élan, Moustapha Mamba Guirassy a annoncé trois innovations majeures :

  1. Le Grand Prix du Chef de l’État pour l’Alphabétisation et les Langues nationales : Une distinction prestigieuse qui récompensera l’engagement, l’excellence et l’innovation des citoyens, des collectivités et des organisations.
  2. La création d’un « environnement lettré » : Pour s’assurer que les populations continuent à pratiquer l’écrit au quotidien, l’État s’engage à rendre accessibles des supports, des contenus et des services publics essentiels directement dans les langues maîtrisées par les habitants.
  3. Le contrôle citoyen renforcé : En comprenant mieux leur environnement textuel et juridique, les citoyens seront pleinement aptes à participer à l’élaboration des politiques territoriales et à contribuer au suivi de l’action publique.

Un Sénégal qui construit sa souveraineté

Le ministre de l’Éducation nationale a rappelé que la réussite d’une telle transition ne peut reposer sur l’État seul. Le Mois national de l’Alphabétisation doit être le catalyseur d’une union sacrée entre les éducateurs, les collectivités, le secteur privé et la société civile.

L’objectif ultime est qu’aucun territoire ne soit tenu à l’écart du savoir. Le Sénégal de demain se dessine sous les traits d’un modèle de développement endogène : un pays qui apprend, produit et innove dans les langues que comprennent ses citoyens, bâtissant ainsi sa souveraineté à partir de son propre génie.


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