Crise sans précédent dans la Vallée du Fleuve Sénégal: Les producteurs de riz battent le macadam et exigent le départ du ministre Serigne Guéye Diop.

Ross Béthio – Le cœur agricole du Nord gronde et menace de paralyser toute l’économie rizicole. Ce lundi, les producteurs de la vallée du fleuve Sénégal ont investi massivement les rues de Ross Béthio, la capitale du riz, pour crier leur désespoir face à une « crise sans précédent dans la filière ». Étranglés par des stocks invendus et des dettes colossales, les manifestants ciblent ouvertement la gestion du ministre de l’Industrie et du Commerce, Serigne Gueye Diop. Jugeant ce dernier « responsable du blocage actuel », ils exigent désormais son «départ sans condition ».
Une filière asphyxiée et des stocks saturés
Le constat sur le terrain est alarmant. « Plus de 37 000 tonnes de riz blanc sont actuellement immobilisées dans les rizeries de la vallée », révèlent les producteurs de riz. Selon eux, les capacités de stockage sont totalement saturées, forçant les unités de transformation à tourner au ralenti.

La situation est particulièrement critique dans le département de Dagana. Ici, les unions de producteurs y détiennent à elles seules « 36 000 tonnes sans aucune perspective d’écoulement ». Les contestataires fustigent le non-respect des promesses étatiques, dénonçant l’absence de débouchés « malgré les multiples engagements pris par les autorités ».
Le spectre d’un effondrement financier majeur
L’engorgement s’accentue dramatiquement avec l’arrivée imminente de la récolte de la «contre-saison chaude 2026, estimée à 294 000 tonnes de paddy ». Pour la première fois dans l’histoire agricole du pays, « trois campagnes agricoles se retrouvent ainsi stockées en même temps, une première ».

Les répercussions économiques s’avèrent dévastatrices pour le monde rural :
- « Plus de 150 milliards de francs CFA sont immobilisés » dans les circuits de production.
- Les producteurs ne sont plus payés correctement, étranglant les ménages.
- Les banques se montrent réticentes à financer les prochaines campagnes agricoles.
- Le tissu industriel s’effondre : sur les 72 rizeries que compte la vallée, « seules 26 fonctionnent encore » tandis que « plus de 40 ont fermé ». Certaines grandes unités sont même déjà « en cours de liquidation».
« Si rien n’est fait rapidement, c’est toute la chaîne de valeur qui risque de s’effondrer », alertent avec gravité les manifestants.
Un plan d’urgence exigé de l’État

Face à cette menace de faillite générale, les producteurs réclament « l’application immédiate des engagements pris par l’État ». Ils exigent une batterie de mesures urgentes :
- « une régulation urgente des importations de riz pour protéger la production nationale »;
- « l’écoulement rapide des stocks de riz local disponibles »;
- « la priorité au riz sénégalais dans toutes les commandes publiques : armée, écoles, hôpitaux, universités, prisons, programmes sociaux »;
- « un mécanisme permanent de commercialisation du riz local »;
- « un plan d’urgence de soutien aux rizeries et aux entreprises de transformation » incluant des « facilités financières »;
- « un cadre de concertation permanent avec les organisations de la filière ».
Bassirou Diomaye Faye interpellé directement
Face à ce qu’ils qualifient d’impasse, les riziculteurs ont décidé de porter le combat au plus haut sommet de l’État. Ils interpellent directement le président de la République, Bassirou Diomaye Diakhar Faye.

Les manifestants exigent du chef de l’État « une application stricte de cette mesure » de limogeage de leur ministre de tutelle, une décision qu’ils estiment indispensable « pour le bien des populations » et pour la survie de la souveraineté alimentaire du Sénégal.



