LOUGA — À 52 ans, Ma Fatim Diaw décroche son baccalauréat : la victoire éclatante d’un rêve ajourné

L’histoire retiendra que le courage n’a pas d’âge. À 52 ans, Ma Fatim Diaw vient de prouver que la persévérance finit toujours par triompher. Candidat libre au centre d’examen de l’Institut islamique supérieur de Louga, cet agent de la fonction publique a officiellement décroché son baccalauréat, transformant une ambition de jeunesse, longtemps mise de côté, en une réussite éclatante et grandement méritée.
« Nous rendons grâce à Dieu qui nous a donné la force de nous présenter à cet examen et de le réussir », a confié le nouveau bachelier, le visage illuminé par la fierté du devoir accompli.
Un parcours de vie sinueux
Né en 1974, Ma Fatim Diaw fait partie de cette génération dont les ambitions scolaires ont été bousculées par les réalités de la vie active. Après avoir interrompu sa scolarité à la fin des années 1990, il s’éloigne des bancs de l’école pour embrasser une carrière professionnelle polyvalente. D’abord employé dans une société commerciale, il s’oriente ensuite vers le social et la santé en devenant agent communautaire dans plusieurs centres de soins. En 2015, son profil d’homme de terrain lui ouvre les portes de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD), où il officie comme enquêteur.
Aujourd’hui, c’est au service départemental du Commerce de Kébémer qu’il sert l’État sénégalais. Un quotidien professionnel intense qui a longtemps constitué un frein à ses ambitions académiques. « Le travail m’a pris beaucoup de temps. Je m’étais déjà inscrit au baccalauréat par le passé, sans jamais pouvoir me présenter aux épreuves », avoue-t-il.
Le déclic survient l’année dernière. Animé par une soif inextinguible de savoir, Ma Fatim Diaw décide de replonger dans les manuels scolaires. Dans cette quête, il a pu compter sur un soutien de taille : son ancien camarade de classe, Ibrahima Mbaye, aujourd’hui professeur au lycée Iba Der Thiam. Ce dernier a joué un rôle déterminant, s’imposant comme l’un des principaux artisans de ce retour aux études réussi. « Cette année, Dieu a fait que j’obtienne le diplôme », se réjouit le quinquagénaire.
Une « leçon de courage et d’humilité »
Au centre d’examen, l’exploit n’est pas passé inaperçu. Mouhamed Diémé, président du jury 1661 de l’Institut islamique Al Hanifia, n’a pas caché son admiration face à ce candidat hors norme.
« En cinq années de présidence de jury, c’est la première fois que je vois un candidat de cet âge réussir le baccalauréat », a témoigné l’universitaire. « Malgré son âge, il a repris les cours, suivi des séances de renforcement et s’est préparé sérieusement. Son parcours est une véritable leçon de courage, de détermination et d’humilité. »
Un message fort à la jeunesse
Devenu un modèle de résilience, Ma Fatim Diaw refuse de garder cette victoire pour lui seul. Il a profité de sa tribune pour adresser un message fort, presque paternel, à la jeune génération de scolaires.
« Le bonheur est au bout de l’effort et le savoir est la base de tout », rappelle-t-il avec sagesse. Le nouveau bachelier exhorte les élèves à cultiver le goût de la lecture dès le cycle primaire, à préparer les examens bien en amont tout au long de l’année, et surtout, à fuir toute tentative de fraude.
En décrochant ce diplôme à 52 ans, Ma Fatim Diaw rappelle une vérité essentielle : il n’est jamais trop tard pour apprendre, se réinventer et accomplir ses rêves.




