Droits des personnes handicapées au Sénégal : des « avancées notables » freinées par des «limites systémiques persistantes »

Le Sénégal affiche de réels progrès dans son arsenal juridique et institutionnel pour la protection des personnes vivant avec un handicap, mais le système bute encore sur de lourdes rigidités structurelles. Ce constat lucide a été dressé par le directeur général de l’action sociale, Paul Joseph Ndiaye, lors de l’atelier de validation de la stratégie nationale de promotion et de protection des personnes handicapées organisé mercredi à Thiès.
Une décennie de réformes et d’acquis juridiques
Depuis plus de dix ans, l’État sénégalais tente de refondre son modèle social pour inclure les populations les plus vulnérables. « Le Sénégal s’est engagé, depuis plus d’une décennie, dans une dynamique de transformation sociale visant à promouvoir une croissance inclusive, fondée sur l’équité, l’accès aux droits et la protection des groupes vulnérables », a rappelé Paul Joseph Ndiaye.
Cette trajectoire a débuté en 2008 avec l’organisation des premières Assises nationales de l’action sociale. Selon le directeur, « ces recommandations ont abouti à la ratification de la loi n°2009-30 du 2 décembre 2009, de la Convention des Nations unies, relative aux droits des personnes handicapées (CDPH), suivie de l’adoption de la Loi d’orientation sociale n°2010-15 du 6 juillet 2010 ».
Ce nouveau cadre a généré des « avancées notables » sur le terrain :
- L’évaluation à mi-parcours de la loi d’orientation sociale en 2018.
- La mise en œuvre d’une stratégie de réadaptation à base communautaire.
- Le déploiement de la Carte d’égalité des chances.
- L’adossement aux filets sociaux comme les bourses de sécurité familiale et la couverture sanitaire universelle.
Le piège de l’assistance et le grand flou statistique
Malgré la structuration d’une gouvernance du handicap et la publication d’un rapport capitalisant les projets phares en 2022, le modèle sénégalais montre des signes d’essoufflement. M. Ndiaye souligne que ces acquis restent « fragilisés par des limites systémiques persistantes ». Le principal reproche concerne la philosophie de l’aide publique, marquée par le « maintien d’une approche fondée sur l’assistance sociale, au détriment d’une logique fondée sur les droits et l’autonomisation ».
À ce blocage idéologique s’ajoute un problème majeur de pilotage par les données. Le pays souffre d’une « absence de données fiables et exhaustives sur la population handicapée ». Cet angle mort statistique se traduit par « un écart significatif entre le taux de prévalence national (7,3 %) et les estimations de l’OMS (16 %) ».
Une couverture insuffisante et des textes en souffrance
L’impact réel de ces politiques dans le quotidien des Sénégalais reste donc limité. L’outil central de la politique d’inclusion affiche une « faible couverture effective ». Paul Joseph Ndiaye a révélé qu’avec seulement « environ 100 021 cartes produites », le taux de couverture global de la Carte d’égalité des chances est estimé à un faible « 8,26 % ».
Pour franchir un cap, l’administration doit impérativement s’attaquer aux lourdeurs bureaucratiques. Le directeur de l’action sociale a formellement pointé du doigt le « retard » dans l’adoption des textes d’application de la loi de 2010. Faute de décrets précis, les comités de réadaptation à base communautaire souffrent d’un « faible maillage territorial » dans l’espace communal. Pour les acteurs du secteur, le salut passera par la création d’une haute autorité dédiée au handicap afin de centraliser et d’accélérer les réformes.




