Entre exigences de l’art et vérités politiques : Mbaye Ndiaye Titala brise le silence

À l’heure où la scène culturelle saint-louisienne cherche un nouveau souffle, l’un de ses plus dignes ambassadeurs s’apprête à porter sa voix suave et gutturale bien au-delà des frontières nationales. En pleines répétitions pour sa prochaine tournée internationale, et malgré un agenda bousculé par la ferveur du Magal de Touba, l’artiste-compositeur Mbaye Ndiaye « Titala» a choisi de livrer un entretien exclusif, sans fard ni concessions. Connu pour sa liberté de ton autant que pour la rigueur de ses créations, l’auteur du titre « Tabara Ndiaye» passe au crible les maux de la musique locale, fustige la dépendance des créateurs envers le pouvoir et pose un regard d’une lucidité cinglante sur les turbulences politiques au sommet de l’État. Portrait d’un homme libre pour qui le professionnalisme prime sur toutes les obédiences.
Dans le tumulte de la scène musicale actuelle, la voix suave et gutturale de Mbaye Ndiaye Titala, «Gouverneur» de la musique de Saint-Louis détonne. Non seulement par sa texture, mais par la force des convictions qu’elle véhicule. Alors que le pays vit au rythme des tensions et du calendrier religieux du Magal, l’auteur de «Taw » a choisi de parler. Et ses mots résonnent comme un rappel à l’ordre pour toute une génération.
Le refus de la mendicité politique
Le premier enseignement de Titala est une leçon de dignité face au pouvoir. « Nous ne dépendons pas de la politique pour survivre », affirme-t-il avec force. Dans un contexte où l’alignement politique est parfois perçu comme un accélérateur de carrière, l’ancien gardien de but choisit la ligne droite.
Pour lui, le rôle d’un artiste est de créer, de perfectionner son répertoire et de vivre du fruit de son travail pour assumer sa famille. En prônant l’abnégation et le professionnalisme au-dessus des obédiences partisanes, Titala ne fait pas que défendre son métier : il redonne à l’artiste son statut de contre-pouvoir et de modèle d’autonomie pour la jeunesse.
Le cri de révolte des « Domou-Ndar »
Le second volet de son discours est un cri du cœur pour Saint-Louis, sa ville tricentenaire qu’il voit vaciller. Titala ne caresse pas ses cadets dans le sens du poil. Il dénonce le «bruit», le manque de repères et la passivité de certains jeunes talents. Mais son réquisitoire le plus sévère est dirigé contre les élites locales.
C’est une injustice historique qu’il soulève : comment accepter que les autorités et leaders d’opinion de Saint-Louis tournent le dos à leurs propres artistes au profit de promoteurs venus d’ailleurs, notamment de Dakar ? Ce manque de considération, couplé à l’absence totale d’infrastructures depuis la fermeture de la seule salle de production de la ville, étouffe la création locale. Titala se fait ici le porte-parole des domou-ndar oubliés par ceux-là mêmes qu’ils ont soutenus.
L’ironie face au sommet de l’État
Enfin, l’artiste pose un regard d’une lucidité cinglante sur le duo au pouvoir, Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko. Là où d’autres hésitent, lui rit d’un rire jaune et désabusé. En constatant le blocage institutionnel entre le Président et le chef de l’Assemblée nationale, il met le doigt sur la rupture d’une promesse : celle du « Projet » vendu aux Sénégalais.
Quand l’économie s’arrête et que les bailleurs de fonds s’inquiètent, c’est le peuple qui trinque. En refusant de se laisser embourber dans ces querelles de palais, Titala connu pour sa franchise et sa proximité avec le Maire de Saint-Louis Mansour Faye, choisit de se tourner vers l’international pour exporter son art dès la fin des vacances.
Au-delà des notes de musique et des préparatifs de sa tournée internationale, Mbaye Ndiaye Titala s’impose aujourd’hui comme un éveilleur de consciences. À travers ses déclarations sans fard, l’enfant de Saint-Louis renvoie la société sénégalaise, ses artistes et ses dirigeants face à leurs propres responsabilités. En opposant la rigueur du travail aux promesses de la politique, et la dignité de la création locale aux calculs des élites, l’auteur de « Sabara Ndiaye» rappelle que le véritable art ne se négocie pas. Alors qu’il s’apprête à porter la culture saint-louisienne sur les scènes internationales, son message de vigilance et d’indépendance résonne comme un guide indispensable pour la jeunesse et l’avenir de la culture au Sénégal.




