Succession à l’OIF : À Dakar, Dr Coumba Ba dévoile sa vision d’une Francophonie « d’utilité, de cohérence et d’équilibre »

La candidate mauritanienne au poste de secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) a officiellement présenté ses ambitions le ce samedi à Dakar. Face aux défis mondiaux, l’ancienne ministre prône une rupture par le concret et l’inclusion économique.
La course pour le leadership de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) entre dans sa phase active. En escale stratégique à Dakar, le docteur Coumba Ba, candidate portée par la République islamique de Mauritanie, a décliné les grandes lignes de son projet politique pour l’institution. Devant un parterre d’universitaires, de membres de la société civile et en présence de l’ambassadeur mauritanien au Sénégal, Mohamed Ould Abdellahi Ould Ethmane, elle a plaidé pour une refondation axée sur un triptyque majeur : « l’utilité, la cohérence et l’équilibre ».
Cette démonstration de force à Dakar intervient au lendemain d’une audience cruciale accordée par le chef de l’État sénégalais, Bassirou Diomaye Faye, confirmant l’importance diplomatique de cette candidature pour la sous-région.
L’utilité économique et l’urgence de l’employabilité des jeunes
Au cœur du programme de la candidate mauritanienne se trouve le concept de « francophonie d’utilité ». Pour le Dr Coumba Ba, l’espace francophone ne doit plus seulement être un lieu de concertation linguistique, mais un véritable levier de croissance économique. Rappelant le poids macroéconomique de l’OIF – qui cumule 16,5 % du PIB mondial, 20 % des échanges commerciaux et 15 % des ressources énergétiques et minières – elle estime que ces richesses, associées à d’importantes réserves en terres arables, doivent directement bénéficier au secteur privé et à l’économie verte.
« Nous devons passer des déclarations et des programmes à des phases beaucoup plus concrètes », a-t-elle martelé. Sa priorité absolue reste la jeunesse, pour laquelle elle ambitionne de déployer des mécanismes renforcés de formation et d’aide à l’employabilité afin de faciliter leur insertion sur le marché du travail.
Cohérence budgétaire et leadership féminin
Abordant le volet de la « francophonie de cohérence », l’ancienne ministre a mis l’accent sur la transparence et l’efficacité institutionnelle. Dans un contexte de turbulences financières globales, l’exigence sera de « faire face aux difficultés financières afin de pouvoir faire plus avec moins de ressources ». Pour ce faire, elle préconise un ciblage strict des programmes et des bénéficiaires afin de garantir des impacts mesurables sur le terrain.
Parmi ses propositions phares figure la création d’un Observatoire du leadership féminin. Cet outil aura pour mission d’évaluer, de suivre et de mesurer la situation des femmes dans l’espace francophone. Une initiative d’autant plus urgente que les femmes restent, selon elle, la catégorie la plus vulnérable lors des conflits armés et paient le tribut le plus lourd dans les crises actuelles.
Une « Francophonie d’équilibre » face à la périphérisation
Avec l’Afrique représentant désormais 60 % des locuteurs de français, le Dr Coumba Ba estime que le continent dispose d’un rôle « singulier et important » à jouer. Sa vision d’une « francophonie d’équilibre » vise à ce qu’aucun État membre, petit ou grand, ne se sente marginalisé. « Les États doivent tous être écoutés avec le même regard, avec respect. Personne ne doit se sentir périphérique », a-t-elle insisté.
Sur le plan culturel et technologique, cette quête d’équilibre se traduira par une articulation harmonieuse entre la langue française et les quelque 2 000 langues nationales de l’espace, en s’appuyant massivement sur le numérique et l’intelligence artificielle.
Une candidature d’expérience face à une concurrence féroce
Se définissant comme une « fille d’Afrique », Dr Coumba Ba récuse toute idée de candidature opportuniste. Elle met en avant un solide parcours d’État : médecin de formation, elle a été durant dix ans conseillère et chargée de mission à la présidence mauritanienne, avant d’occuper plusieurs portefeuilles ministériels (Fonction publique, Jeunesse et Sports, Affaires africaines, Modernisation de l’administration).
Soutenue par le président Mohamed Ould Cheikh Al Ghazouani, elle affirme avoir entamé des consultations approfondies dès 2025 auprès de plusieurs pays partenaires et a déjà défendu son projet en France et au Cambodge. Pour diriger cette OIF du nouveau cap, elle espère susciter un élan de « solidarité africaine », marchant ainsi dans les pas de l’ancien président sénégalais Abdou Diouf, qui avait marqué l’organisation de son empreinte entre 2002 et 2014.
Le chemin vers le Secrétariat général reste cependant semé d’embûches. En novembre prochain, lors du sommet de l’OIF à Phnom Penh (Cambodge), la candidate de la Mauritanie fera face à une concurrence de haut niveau : la secrétaire générale sortante, la Rwandaise Louise Mushikiwabo, l’ancienne ministre congolaise Juliana Amato Lumumba (fille de Patrice Lumumba), ainsi que l’ancien Premier ministre roumain Dacian Ciolos.




