Saint-Louis : Le cri du cœur des enfants de Khar Yalla pour l’accès à l’eau et à la dignité

Ce mercredi 24 juin 2026, la commémoration (en différé) de la Journée de l’Enfant africain, (ndlr: en souvenirs du massacre de Sowéto du 26 Juin 1976), a pris une tournure électrique à Saint-Louis. Pas de défilé festif, mais un plaidoyer sans concession : les enfants du quartier périphérique de Khar Yalla ont interpellé l’État et la société civile sur l’urgence absolue de leur droit à l’eau et à l’assainissement.
À Khar Yalla, l’émotion a cédé la place à l’action. Hier après-midi, ce quartier de Saint-Louis est devenu le haut-parleur d’une jeunesse fatiguée des promesses et résolue à prendre son destin en main. C’est un secret de polichinelle, la situation des enfants est loin d’être reluisante d’où l’intervention du Comité départemental pour la Protection de l’Enfant (CDPE). Ses membres sous l’impulsion du Préfet du département ont, pour marquer leurs empreintes, organisé une rencontre de sensibilisation afin de briser les codes des célébrations traditionnelles pour poser le vrai débat : comment grandir dignement sans accès aux services de base ?
Le théâtre comme arme de sensibilisation
Pour réveiller les consciences, le CDPE a banni les longs discours protocolaires au profit de la culture et du dialogue direct. L’après-midi a débuté par des panels sans langue de bois, disséquant la salubrité précaire et le manque criant d’infrastructures d’assainissement qui empoisonnent le quotidien des familles à Khar Yalla.

Le moment le plus saisissant de la journée s’est joué sur les planches. À travers des prestations théâtrales poignantes, les enfants du quartier se sont mués en comédiens d’un jour pour faire passer leurs messages. Avec une justesse bouleversante, ils ont mis en scène les réalités sombres des violences sexuelles et la fragilité de leurs droits, arrachant des larmes et des silences lourds de sens à une assistance d’officiels et de notables pris de court par tant de réalisme.
« L’eau potable n’est pas une faveur, c’est notre droit ! »
Le sommet de l’intensité a été atteint lorsque le jeune porte-parole des enfants est monté sur ses grands chevaux pour attirer l’attention de tous. Devant un public suspendu à ses lèvres, il a lu le document de plaidoyer officiel avec une maturité et une solennité qui ont glacé l’assistance :
« L’accès à l’eau potable, à l’hygiène et à l’assainissement n’est pas une faveur que l’on nous accorde. C’est un droit fondamental. C’est le socle incontournable de notre santé, de notre dignité et de notre réussite à l’école»
Face-à-face constructif : l’État et la communauté font bloc
Ce cri du cœur a provoqué un véritable électrochoc institutionnel. Présents en nombre, les services techniques de l’État ne sont pas restés spectateurs. Le Service d’Hygiène a immédiatement rappelé l’urgence des bonnes pratiques sanitaires, tandis que le Service Régional de l’Assainissement a dû faire face aux interpellations directes sur le manque de canalisations et d’infrastructures.

Dans une union sacrée pour l’enfance, le Service de l’Action sociale, l’Action éducative en Milieu ouvert (AEMO) et l’Inspection de l’Éducation et de la Formation (IEF) de Saint-Louis, ont formé un front commun avec les chefs de quartier, les badienou gokh et les leaders religieux.
Prises au mot, les autorités présentes ont officiellement acté les recommandations des jeunes. Elles se sont engagées à ce que le dossier « Khar Yalla » soit placé au sommet de la pile des futures politiques d’aménagement urbain et d’accès à l’eau.
À Saint-Louis, le message est désormais clair : les enfants qui demandent plus de considération et d’implication, exigent leurs droits. Et ils ont prouvé qu’ils savaient parfaitement se faire entendre.


